Il y a des phrases qu'on entend, comme ça, au détour d'une émission de télévision, en l'espèce "Ce soir (ou jamais!)", et qui marque plus que les autres, raisonnent encore dans la tête quand le téléviseur est éteint, bref, font réfléchir. Si si, je vous assure, on peut parfois réfléchir grâce au petit écran. Evidemment, si vous n'en avez pas envie, si vous préférez vous vider la tête de toute question, vous pouvez aussi regarder le journal télévisé de Pernaut. Et oui, je suis pour la liberté de tous, tant qu'on m'oblige pas aussi à regarder. Cette phrase, je pensais vous la mettre brut de décoffrage, sans développer aucunement, puisqu'elle se suffit à elle-même, d'après moi. Mais comme je change continuellement d'avis, ça sera un poil plus long... Cette fameuse phrase, on l'a doit à Oliver Stone, et peut sembler a priori anodine : "On a échangé la liberté contre la sécurité" Ben oui, ces quelques mots me poussent à la réflexion. ça me rappelle la campagne électorale de 2001 et la propagande sécuritaire des partis politiques et des chaînes de télévision (La France a peur, ça va tout pêter, on va tous mourriiiir (dommage, mardi y a marché)). ça me remet aussi en mémoire ce cher Rousseau et son Contrat Social. A ce sujet, je vous engage à aller lire l'article de Wikipédia sur cet ouvrage. Moi, ça m'a passionnée (mais j'ai parfois des occupations bizarres, j'en conviens). En bref, l'essai a pour but de « Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même, et reste aussi libre qu'auparavant. Tel est le problème fondamental dont le Contrat social donne la solution. » Et puis, tant qu'on y est, on pourra aussi s'étendre sur la vision de Hobbes sur ce sujet, qu'il développe dans le Léviathan, à savoir que "de la loi naturelle qui prescrit aux individus de défendre leur vie, ils tirent cette conséquence qu'il leur faut céder leur droit naturel à vivre comme ils l'entendent, dès lors que le maintien de ce droit nuit à la paix, c'est-à-dire à leur survie". (in mon manuel de culture générale d'étudiante, qui oppose donc Hobbes à Rousseau, pour qui le seul contrat légitime est le pacte d'association, et non un pacte qui donnerait l'autorité absolue au souverain, cen échange de la paix et donc la survie).
Pour faire court : doit-on renoncer à sa liberté au nom de sa propre sécurité, voire au nom de la sécurité de tous? Question hautement épineuse, à l'heure des débats sur les caméras dans les lieux publics (il y aurait, en Grande-Bretagne, une caméra par habitant...) ou encore des tasers donnés aux policiers municipaux. N'y a-t-il "pas de liberté sans sécurité"? A l'inverse, « celui qui échange une partie de sa liberté contre davantage de sécurité n'a[-t-il] au final ni l'une ni l'autre »? Doit-on, sous couvert de lutte contre l'insécurité, légitimer les atteintes faîtes aux libertés individuelles ou tolérer les dérapages, les abus ou des bavures? Tout ça mérite réflexion, non? Si on renonce à se poser ces questions-ci, à s'interroger sur la manière dont on voit les choses, si on se laisse guider par ceux qui causent bien, et donc forcément savent mieux, on renonce, avant même qu'elle soit en jeu, à sa liberté, au moins à celle de penser. On a le droit de penser que le prix de la sécurité peut passer par des concessions faîtes sur la liberté; on n'a pas le droit, à mon avis, de laisser le choix à d'autres, de laisser d'autres décider ce qu'ils feront de ce qui nous appartient, de ce que nous devons être seuls à pouvoir disposer. Liberté inaliénable pour Rousseau contre renoncement de tous à leur droit naturel au profit d'un souverain, au nom de la survie, pour Hobbes?
Et puis, pour aller encore plus loin, le Contrat Social implique-t-il la sécurité de l'emploi, le droit au travail, la sécurité sociale... ? Le tout sécuritaire, l'abandon d'une partie de sa liberté au profit d'une apparence de sécurité, et ce entre les mains du groupe social ou de quelques personnes, n'est-il pas le plus simple moyen trouvé par l'individu pour se déresponsabiliser et rejeter toute faute sur le corps social ou sur celui dans les mains duquel il aura remis les clés du jeu? Genre "Tiens, prends le volant (oups), et en cas d'accident, je ne serais responsable de rien, voire même tu auras affaire à moi, car, putain, c'était ma voiture!" Et pourquoi pas, genre "Je t'élis, te donne la direction des opérations sur les propositions que tu m'as faîtes, mais si ça capote, je n'y suis pour rien, hein!" Ou encore genre "ah ben l'patron, y l'a intérêt à c'que la boite marche, parce que sinon, y va me piquer mon boulot, c't'enfoiré! Et pis j'ai donné tellement d'années à c'tt'entreprise (aaah booon? et elle a rien donné en échange???)!" Bon, ok, peut-être que là je m'égare...
Pour finir, ne doit-on pas faire la distinction entre l'insécurité, et le sentiment d'insécurité, deux maux ayant des remèdes différents? Il est si facile de manipuler les sentiments...
"Notre liberté est menacée par le besoin de sécurité et la sécurité elle-même est menacée par le souci obsédant qu'on en a." Norbert Bensaïd, Extrait de La Lumière médicale
"L'adversaire d'une vraie liberté est un désir excessif de sécurité." Jean de La Fontaine, Extrait de la fable Le loup et le chien
Hobbes...Hobbes, le Hobbes de "Calvin et Hobbes"?????comme tu es une adepte de wikipedia, je te conseille vivement l'article sur " le chat de Schrodinger", passionnant, si, si, vraiment, tu m'en diras des nouvelles...