Cela fait plusieurs jours que je veux vous parler d'un sujet mais que je n'en trouve pas le temps. Alors je le prends là, en espérant ne pas trahir mon propos dans ma précipitation.
Il y a quelques jours, j'ai été captivée par l'un des sujets abordés dans le livre que je lis en ce moment, à savoir L'usage du monde. Il est décidément vraiment bien, ce bouquin. Le sujet en question est relatif aux occidentaux qui viennent dans des pays dit sous-développés, plein de leur bonne volonté, avec l'intention d'être utile aux habitants des pays en question. Je ne doute pas de leur bonne volonté, je la connais, je la soutiens. Il s'agit là plus exactement de l'intervention de certains dans l'optique d'aider à la création d'une école. Quoi de plus noble, pour nous qui avons tout ou presque, que de mettre tout en oeuvre, de prendre de son temps, de son argent, pour envoyer des bambins apprendre à lire et à écrire?
Dans le bouquin, il s'agit d'un américain en Iran, qui collecte des fonds pour acheter les matériaux nécessaires à la construction de l'école, mais qui ne peut que constater que l'école ne se monte pas et que les matériaux sont utilisés à des fins privés par les villageois. J'en connais qui avaient le même projet, dans un autre pays, et à une autre époque, la notre : il s'agit de mes propres parents. Cela fait des années qu'ils tentent de créer une association, de rassembler les villageois pour les impliquer dans le projet, mais sans cesse il est repoussé, pour des problèmes dans la création même de l'association (je vous passe les méandres de l'Administration... Pfff, pire qu'en France, j'vous jure), et par l'apparent désintérêt de beaucoup des parents des bambins concernés. Ces derniers sont eux en attente de cette école, la réclame. Les petits garçons en ont assez de faire des kilomètres pour aller étudier ou de devoir rester loin de leur foyer la semaine, et les petites filles veulent, elles, tout simplement apprendre aussi à lire et écrire. Et bien ce n'est pas gagné.
Là où l'auteur du bouquin m'a fait m'interroger, c'est quand il nous met le nez dans un fait : l'importance que nous donnant, nous, occidentaux, au droit à l'instruction, alors que ces pays manquent de tellement d'autres choses. Cela nous semble une priorité, moi la première, alors que ces hommes, ces femmes, n'ont souvent qu'une priorité, immédiate celle-là : manger, nourrir leur famille, et pourquoi pas, après cela, nourrir les bêtes qui crèvent également de faim. Parce que, oui, c'est en effet leur priorité, parce que oui, ils ont faim et ne savent pas de quoi sera fait demain. C'est une réalité, pas un mythe. Je sais, pas besoin d'aller si loin pour voir des personnes dans ce cas. Pourtant, quand vous passez du temps dans ces villages, vous avez l'impression que cela n'a rien à voir, peut-être ausi parce que chez vous, vous êtes loin de cette réalité-là. Comment l'expliquer? Mille questions en suspens.
Voici un extrait : « Les recettes du bonheur ne s'exportent pas sans être ajustées [...]. Parce qu'il y a pire que des pays sans école : il y a des pays sans justice, ou sans espoir. »
C'est pas faux. C'est même très vrai. Pourtant, j'ai toujours pensé, moi occidentale instruite et fière de l'être, que le savoir permettait de déplacer des montagnes, de se libérer de ses chaînes, d'acquérir son autonomie pour faire valoir pourquoi pas, d'autres de ses droits. S'instruire pour revendiquer ses droits à la justice, à la santé, ou privilégier ces derniers pour ensuite pouvoir gagner le droit de s'instruire?
Et puis, bien sûr, l'autre question que cela ne peut que soulever, qui sommes-nous pour venir chez des gens et leur dire quoi faire? Avons-nous le droit de s'ingérer dans leurs vies et orienter leurs choix? Tout simplement, nous aimons, et quand on aime, on veut aider, on croit savoir ce qui est bon pour l'autre.
Pfff, décidément, c'est compliqué de vouloir bien faire! Et la meilleure volonté du monde mise dans ce que l'on fait ne compensera jamais les erreurs que l'on a faites.
Bon allez, j'arrête de réfléchir : je m'embrouille, je m'embrouille...
"Parler sans penser, c'est tirer sans viser."
Miguel de Cervantès