Il faisait sombre dans la cuisine lorsque je la traversais sans prendre la peine d'allumer, ne prêtant attention à pas grand chose, et surtout à rien, comme l'on traverse un couloir qui n'a d'existence que parce qu'il mène d'une pièce à l'autre. Je ne pensais à rien, sauf à retourner m'étendre sur le canapé, en attendant que le sommeil m'ordonne de rejoindre ma chambre. Quand soudain, mes yeux sont comme accrochés par une forme noire au sol. Une feuille? Une épluchure sauvage qui aurait giclé au sol beaucoup plus tôt et sans que je ne m'en aperçoive? J'aurais pu net me baisser et m'en saisir. Mais je reste en arrêt. La forme est caractéristique. Je la connais. Je la reconnais. Un Y qui me paralyse... Non, je dois me tromper. Non, mon cerveau me joue encore des tours. Il aime à me faire peur, à me faire voir ce qui n'est pas, comme lorsque l'on sent sur sa peau un chatouillement et qu'il nous fait immédiatement penser que quelque chose nous a frôlé, alors qu'il n'en est rien. Garder les idées claires. Pour se faire, allumer. Revenir et jeter un oeil 9n'oeuf neuf. Et voir. Oui, c'est bien ça, je n'ai pas rêvé : c'est bien un scorpion qui se trouve au milieu de ma cuisine. La queue abaissée, il ne semble pas agressif, donc il semble mort (oui, le scorpion est un animal peu sympathique au demeurant). Que faire? Avec quoi avais-je mis fin aux jours du précédent? Hésitation. Le ramasser et le glisser dans un sachet pour montrer à tous comme il est trop beau mon scorpion, ce qui veut dire tenir le sachet et la bête? Et si on s'assurait d'abord que la vie l'a quitté? Mmm? Lui prendre le poul? Noooon! Je vous le déconseille, mais moi, c'que j'en dis... Je pris donc la pelle et la balayette, prête à me résoudre à jeter l'intrus hors de ma maison. Mais à peine la pelle l'avait-elle effleuré, qu'il partit droit se cacher derrière une bouteille qui se trouvait non loin. Horreur, la bête vivait encore. Il me fallait vivre avec cette idée et envisager l'hypothèse qu'elle s'était peut-être glissée derrière le meuble, et que là, il me faudrait arriver à trouver le sommeil malgré sa présence tout près et son envie évidente de me sauter à la gorge dès que j'aurais les yeux fermé. Garder son calme. Réfléchir. Attraper le goulot de la bouteille - et donc s'en rapprocher clairement - et la soulever doucement afin de voir derrière elle. Le monstre est là, toutes dents dehors. C'est lui ou moi, je le sais. Son arme est encore baissée, mais je sais que, si sa piqure n'est pas mortelle, elle entraîne des souffrances que je ne suis pas prête à endurer (c'est ma maman qui me l'a dit que le scorpion, ben ça fait mal!). Je connais aussi la vivacité et l'agressivité dont il peut faire preuve, et je n'ai pas envie de me laisser endormir par son aspect moribond. Méfiance... Seulement soyons réaliste : face à un scorpion au sommet de sa force, je ne ferais pas le poids. Je n'aurais plus qu'à prendre mes jambes à mon cou. Là, j'ai une chance, une bonne. J'attrape une chaussure avec un bon talon, et je me tiens prête. Et, le plus rapidement possible, je lui assène un coup. Raté, il bouge... Ni une ni deux, je recommence, plusieurs coups, la peur au ventre, et le résultat est un massacre, une véritable boucherie, son corps est morcellé et ses entrailles tapissent mon meuble (du moins l'angle en bas à droite). Pourtant il me semble percevoir comme un léger mouvement dans son pique effrayant. Eurêka 1 - Scorpion 0 Le monstre n'est plus. Mais son fantôme rôde encore... Je sens sa présence partout, comme si toutes les bêtes de la Terre s'étaient données rendez-vous chez moi, ce soir-là. Un léger chatouillement sur le bras, et je sens la sueur perler sur mon front...
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Merci merci! (c'était bien un compliment, hein?)<br />
Si tu es sage, je te parlerai de ma rencontre avec une mante-religieuse, toujours dans mon chez moi... (et c'est tout aussi impressionnant)<br />
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C
Carine
24/08/2009 11:00
Et pour écrire tout ça, rassure-moi, t'as pris une substance illicite ?