Tout ce qui me fait débloquer.
Vous avez déjà remarqué comme une réponse du type « Je ne sais pas » ne satisfait jamais la personne qui a posé la question ? « Tu veux de la tarte ou du gâteau au chocolat ? Je ne sais pas. » « Tu fais quoi ce week-end ? Je ne sais pas. » « Tu m'aimes ? Je ne sais pas. » « Tu préfères le vert ou le bleu ? Je ne sais pas ! Je ne sais pas ! JE NE SAIS PAS!!! » Et non, ce n'est pas une réponse semble-t-il suffisante, il faudrait développer, expliquer. Et même quand on le fait, quand on pense avoir fait un exposé des plus complets pour justifier cette réplique qui n'est pourtant que l'image exact de ce que l'on pense, quand on pense que l'interlocuteur ne pourra qu'être persuadé de l'authenticité de la réponse qui lui a été faîte, qu'il n'y en existe pas d'autre à ce jour et qu'il faut faire avec, tout comme on le fait soi-même peut-être avec difficulté, et bien ce dernier repart à la charge : « oui, mais tout de même, tu as bien une préférence, ce n'est pas possible autrement, j'ai besoin de savoir, moi, si tu as une attirance qui va plus vers le vert que vers le bleu ! » Existe-t'il alors une autre réponse plus acceptable ? Doit-on dire « j'aime tout autant les deux », ou « je préfère le bleu » alors que la réalité, c'est qu'on n'en a pas la plus petite idée, ou que tout simplement, ça dépend des moments. Doit-on mentir juste pour satisfaire l'intéressé, puisque la vérité le rend si circonspect, au risque de devoir un jour revenir sur ce qui a été dit ? Ou bien alors doit-on comprendre que le « je ne sais pas » sera plutôt assimilé à la réponse la moins positive attendue ? Il ne sait pas, c'est donc qu'il préfère le vert, et donc que je me suis complètement planté en lui offrant l'hiver dernier une écharpe bleue.
On n'a donc pas le choix : il faut faire un choix (ce qui est paradoxale, vous en conviendrez, vu qu'on n'a pas le choix !). Pourtant, c'est un fait, parfois, on n'a tout simplement pas de réponse à la question posée. Voire même on se pose la question à soi-même, on s'interroge, on voudrait bien avoir soi-même une solution à ce douloureux problème de savoir si on préfère le bleu au vert. On se triture les méninges, on analyse, on se teste, on expérimente, on manipule les couleurs dans l'espoir fou d'une soudaine révélation, mais rien, rien n'en sort, et seul le flou et le doute demeure. Et par dessus cette incertitude métaphysique se surajoute cette pression venue de l'extérieur. Et la tentation se fait violente de crier « tu seras le premier au courant dès que j'aurais la réponse, mais en attendant, cesse de me poser cette question !!! » Sans oublier la situation de la question posée dans le seul et unique but de nous agacer, parce que c'est trop drôle.
Ou peut-être devrait-on retourner la question ? « Je ne comprends pas ta question : pourquoi faire un choix entre le bleu et le vert, alors que ce sont deux couleurs que j'apprécie beaucoup, selon l'usage qui en est fait et selon les nuances utilisées, et que la réponse n'a pas à l'heure actuelle une importance cruciale dans mon approche de ces deux teintes ? Puisque la réponse n'est pas évidente aujourd'hui, ne pourrais-je pas disposer d'un délai supplémentaire afin de déterminer une réponse reposant sur des bases plus solides et plus fiables, afin de ne pas être contraint à un choix qui pourrait m'engager pour l'avenir et que je pourrais être amenée à regretter ? »
Un peu complexe, comme réponse ? Pas autant que la question, à mon avis.