Tout ce qui me fait débloquer.
Un baptême, excepté de rares cas, ça demeure un truc religieux, y a pas à dire. Quand on y va, on sait plus ou moins à quoi s'attendre, en particulier quand on a été choisi pour être la marraine du baptisé. On sait qu'il va y avoir un passage obligé à l'église, avec cérémonie et intervention quelque part d'un prêtre.
J'aurais préféré zapper cette partie-là de la journée. Mais on ne m'avait pas demandé mon avis. Si ça n'avait tenu qu'à moi, on se serait contenté d'un baptême républicain, et bien entendu du repas et de la pièce montée. Indispensable, la pièce montée.
Voilà donc où se trouve toute l'hypocrisie (non, pas dans la pièce montée), celle de beaucoup, mais surtout la mienne, parce que les autres font avec leur propre conscience, et moi je ne m'occupe pour l'heure que de la mienne.
Je m'explique : d'abord il faut commencer par dire, ou plutôt redire, que je suis loin d'être une fana de religion, ou plutôt, surtout de tout l'aspect institutionnel qui tourne autour de tout ça, quelle que soit la religion en cause. S'il faut me mettre dans une case (même si je n'y tiens pas), ce serait plutôt celle de l'anti-cléricalisme parfois primaire. Ce n'est pas faute d'avoir fréquenté (ou peut-être au contraire, ça pourrait en être la cause...) des personnes proches de ce milieu, et même de futurs prêtres (du moins je le suppose), en particulier pendant mes années estudiantinnes. La faute à mon meilleur ami de début de fac, très catholique pratiquant, et avec qui j'aimais parler de tout ça sans qu'il ne fasse auprès de moi de prosélytisme. Grâce à lui, ou à cause, j'avais eu l'occasion de rencontrer d'autres étudiants beaucoup plus sectaires, soeur de prêtre et futur curé.
Bref, me voilà donc dimanche dans l'enceinte d'une petite église, heureusement pas l'une de ces églises nouvelles très laides et sans caractère, devant Monsieur le curé. Me voilà, d'après ses mots, investie d'une mission : apprendre à mon filleul l'amour de Dieu, faire son éducation religieuse, prier pour lui, etc. Je suis là, je regarde ce petit garçon souriant grimper les marches et les redescendre, trottiner un peu partout autour du prêtre, frôler les cierges allumés et rester parfois en équilibre instable en haut des marches, suscitant ainsi des gouttes de sueurs sur le front de sa maman. Et j'écoute. Du moins j'entends. Et je ressens ce malaise que l'on ressent quand on sait n'être pas à sa place, quand on joue un jeu, quand on joue à être quelqu'un d'autre. Je me sens mal à l'aise à cette place-ci, même si je sais vouloir avoir un rôle dans la vie de ce petit bonhomme. Mais ce rôle ne sera pas celui que l'on me donne à ce moment-là.
Voilà donc toute l'hypocrisie : écouter quelqu'un t'assigner une mission, tout en sachant que tu n'en veux pas, de cette mission, et même surtout pas, mais que tu signeras tout de même le registre qu'on te tendra...