Hier, je tombe sur cette citation : "Le dimanche est ennuyeux parce qu'il est dimanche pour tout le monde" de Georges Perros (Extrait de En vue d'un éloge de la paresse). Et ça me rappelle que j'avais écrit quelque chose à ce sujet, avec exactement la même idée, il y a quelques années. Je me dis "tiens, c'est marrant" (pas tant que ça en fait, hein?), et je me replonge dans la pochette (pas très grosse) dans laquelle je conserve ce que j'ai écrit, à la recherche de cette fameuse minuscule petite merde ces quelques lignes.
La pochette en question, elle aurait pu contenir des carnets bien classés par ordre chronologique, proprement écrit, c'est surement comme cela que l'imaginerait les personnes qui me connaissent. Pourtant, ça en est très loin. En réalité, on y trouve de tout : des cahiers avec dates aux feuilles volantes qui n'étaient pas destinés du tout à cet effet, de différentes tailles, et qui sont noires (ou bleues) de lignes qui semblent voguer sur le papier tellement elles ne sont pas droites, avec une écriture effrayante et bourrés de ratures ou de renvois. Bien sûr, pour ces dernières, pas de dates : il faut en deviner la période approximative.
A la recherche de mon fameux texte que je ne retrouverai pas, je me suis mise à relire ou survoler ce que j'avais écrit il y a quelques années en arrière.
Et bien, vous voulez que je vous dise (ou vous ne voulez pas, mais ce sera tant pis pour vous), je me suis faite peur. Vraiment. Je sais, c'est une habitude chez moi que d'avoir peur. Mais quelqu'un tombant là-dessus en aurait surement une frayeur plus grande encore, et lirait tout cela en imaginant leur auteur comme une personne très sombre, hyper angoissée, et, disons-le, suicidaire. ça ne pourrait pas être autrement. Je vous dis, moi-même je ne m'y suis pas reconnue. Surement parce qu'on a plus souvent envie d'écrire quand ça va mal, que lorsqu'on est heureux, quand on se sent seul, que lorsqu'on est accompagné, quand on se sent inutile, que lorsqu'on est actif, quand on se cherche, que lorsqu'on s'est trouvé.
Et, certes, quand on lit mes états d'âme (que personne d'autre que moi ne lira jamais), à cette période-là, on pourrait vraiment avoir l'impression d'une personne désespérée, à bout (ce qui revient très souvent), à la limite de ses forces, au bord du vide. Restent tus bien souvent tous les bons moments, les joies, les espoirs, les rires. Comme s'il n'y en avait pas eu. Comme si ces années écoulées s'étaient résumées à cela, à ces angoisses.
Ben mince alors! Je ne me voyais pas comme ça, moi! Y a rien de plus chiant, qui ne fasse plus fuir, que quelqu'un qui s'observe le nombril, qui voit tout en noir, et qui regarde toute personne extérieure comme un ennemi potentiel, susceptible de lui faire du mal. Y a rien de plus déprimant que quelqu'un qui ne peut se voir que dans l'échec et le renoncement. Y a surement rien de plus repoussant que quelqu'un qui analyse ce qui se passe dans sa tête comme on analyserait des résultats d'un test en laboratoire. Tiens, d'ailleurs, j'aurais mieux fait de prendre un autre sujet d'étude que moi-même pendant tout ce temps écoulé. Cela eut été plus malin, sans doute, que de s'auto-observer, et de n'avoir que sa propre opinion comme base de pensée. La contradiction a souvent du bon : "mais nan, t'es pas conne", "mais nan, tout le monde n'est pas égoïste", "mais nan, il n'y a pas que des méchants en ce bas monde", "mais si, tu mérites aussi qu'on s'intéresse à toi".
La contradiction, et peut-être surtout, un bon coup de pied dans le derrière. Voilà ce dont j'aurais eu besoin. Je l'aurais peut-être mal vécu sur le moment (c'est même une certitude), mais cela m'aurait surement propulsé vers l'avant beaucoup plus rapidement qu'à ma propre allure de gastéropode (mais je rassure tout le monde (qui a la bizarre idée de passer par ici) : je ne bave pas).
Oui, au fond, c'est ça : un véritable ami, c'est quelqu'un capable de t'ouvrir les yeux et de te brusquer quand tu en as besoin, tout en t'accompagnant jusqu'au bout. Aurait-on jamais appris à faire du vélo si, un jour, on n'avait pas lacher la bicyclette alors qu'on semblait pourtant encore si instable dessus?
"Sept fois à terre, huit fois debout", comme le dit le proverbe japonais.
Si on ne prend pas le risque de chuter, on ne saisit pas non plus sa chance de tenir debout.
ça me fait penser à toutes ces choses que je dis vouloir faire, et dont je me trouve tant de raisons de ne pas faire.
Et pis tiens, un autre proverbe japonais : "Il est impossible de se tenir debout en ce monde sans jamais se courber."
Et un proverbe yiddish qui m'a bien plu : "Pour tomber on se débrouille seul, mais pour se relever la main d'un ami est nécessaire."
Et de tout cela, je conclus que j'ai fait ma crise d'adolescence bien tard, et qu'il vaut mieux faire ce qu'on a à faire en temps et en heure, au lieu de repousser au lendemain.