La vie virtuelle a parfois de très beaux côtés. Trop beaux même quelque fois, au point qu'ils masquent surement une réalité qui l'est bien moins, car on se dit que la réalité ne peut pas être si belle.
La vie virtuelle, pour moi, elle n'est faite que de mots. Ces mots s'enchaînent, s'imbriquent, font des phrases qui peuvent être tour à tour fort bêtes, profondes, justes, drôles, etc. Et puis parfois, on a la chance de recevoir un mail, puisque c'est le nouvel outil de communication d'aujourd'hui, le mail d'une personne que l'on ne connaissait pas jusqu'ici, et qui nous bouleverse. Il nous bouleverse, pas parce qu'il nous raconte la vie malheureuse d'un petit éthiopien qui a perdu toute sa famille et qui meurt de faim, non, qui nous bouleverse parce qu'il dit exactement ce qu'on voudrait entendre, qu'il emploie les mots qu'on voudrait lire, qu'il sait à la fois nous attendrir et nous faire rire. Et puis ce mail se répète, encore et encore, et on en redemande, on devient le toxico accro à sa drogue, le camé qui ne pense plus qu'à sa ligne, l'alcoolique qui perd toute raison quand sa bouteille est vide.
J'ai déjà connu cela. C'est exaltant, on a l'impression de renaître, de vivre à nouveau, mais dans les moments de doute, on se demande si tout cela en vaut la peine. Et dans les moments d'euphorie, on se dit que bien sûr, ça en vaut la peine, ça en vaut cent fois la peine. Et puis quand ça s'arrête, on a l'impression que les mots n'étaient qu'un gouffre qui nous a entrainé dans son fond, qu'on ne pourra jamais plus remonter à la surface, que les mots sont des traîtres, des agents doubles, qu'ils peuvent vouloir tout dire et son contraire. On réalise alors le poids des mots, leur puissance, et qu'au-delà d'eux, il y a leur interprétation, celle qu'on en fait, celle que l'on voudrait qu'elle soit.
Faut-il alors s'en méfier, résister à sa nature profonde, s'en vacciner pour ne pas retomber dans ce gouffre, y voir la main du Diable qui se tend à nouveau? Faut-il s'en défier et ainsi perdre le goût sucré de ces instants, ne pas profiter du plaisir que l'on a par peur de souffrir plus tard? Est-on condamné à perdre cette naïveté, celle-là même que l'on voit poindre au travers de ces mots et qui nous touche justement? Je ne suis pas encore désabusée, alors je préfère penser que cela n'est pas irrémédiable, qu'il serait encore plus dure d'arrêter d'y croire que d'avoir la foi. Oui, parce qu'au fond, c'est un peu cela : pour certains, il est plus facile de croire en un dieu que de ne croire en rien, c'est plus rassurant. Alors moi-aussi, je garde encore un peu la foi. Et j'espère la garder longtemps...