Vous l'aurez sans doute remarqué, ou alors je suis vraiment un cas pathologique et je devrais penser à consulter (qui a dit "oui, il faudrait en urgence même"?), il est toujours impressionnant de constater comme on peut avoir de multiples personnalités, chacune montrant une part de nous-même. Mais employons, si vous le permettez, le "nous" inclusif, plutôt que le "je", j'aurais un peu moins l'impression de ne parler que de moi et d'être folle à enfermer.
Enfin, moi, ça m'impressionne.
Il y a les personnalités qui se dégagent de nous selon les circonstances, la solitude d'un samedi soir entre ses quatres murs quand l'envie nous vient de mettre la tête dans le four, la panique d'une panne de voiture en pleine cambrousse une nuit sans lune, un bon film qui nous laisse le regard dans le vide et le sourire aux lèvres.
Et il y a celles qui se dégagent selon les personnes que l'on a en face de nous. Les amis qui, dans la simplicité, nous font nous sentir bien et entourés, effacent un temps les questions qui nous taraudent, ceux qui nous font nous remettre en question au contraire, et nous permettent de faire sortir ce qu'on a de plus sombre en nous pour l'extérioriser enfin, au risque de voir surgir les larmes, ceux qui nous aident à vivre avec et tenter ainsi enfin de se comprendre, ceux qui pourraient être l'épaule sur laquelle on aimerait à s'épancher et dont on regrette la distance qui empêche de le faire véritablement, la famille - mais la famille existe-t'elle vraiment, vu l'étendue des rapports que l'on peut avoir avec les individus qui la composent? - les voisins qui nous découvrent tout autrement, si proches de nous, on peut parfois aussi se demander (mais je crois avoir la réponse) si ce ne sont pas ceux à qui on montre le moins de nous-même, la proximité renforçant la "peur", les clients, qui nous découvrent encore autrement, peut-être un peu masqués mais pas vraiment dans le mensonge et la fausseté, dans une espèce de jeu consistant à montrer le meilleur de nous-même, nous mettre en valeur, contraints et forcés, l'exercice finissant par trouver et un intérêt d'ordre commercial et un intérêt d'ordre personnel.
Où je veux en venir? Et bien nulle part en fait. Il s'agit juste d'une constatation, en passant. Qui est-on vraiment? Laquelle de ces personnalités que l'on montre est la plus "vraie"? Aucune? J'aurais plutôt tendance à dire toutes. Elles sont toutes réelles, toutes nous ressemblent et nous représentent, toutes nous constituent. Chacune n'est qu'une face d'une même personne, et on ne connait véritablement quelqu'un que lorsque l'on a vu toutes ces faces, tous ces aspects, quand on a à la fois connu la personne joyeuse et optimiste, la mutique et renfrognée, celle qui s'emballe et a des coups de colère, celle qui déprime et voit tout en noir, celle qui est excessive, comme celle qui n'en fait pas suffisamment.
Encore faut-il avoir envie de connaître toutes ces facettes. Encore faut-il le mériter aussi.