Tout ce qui me fait débloquer.
Il y a quelques années - vous dire combien, je ne peux pas - je vis un film qui me marqua. Tout y contribuait, réalisation, dialogues, histoire. Pourtant je n'avais pas le réflexe, ou la connexion, à l'époque, pour faire quelques recherches basiques sur le net, et je m'arrêtais là.
Ce n'est donc que plus tard, et alors qu'une réplique extraite du film continuait de résonner dans ma petite tête, que j'appris qu'il avait été réalisé par Robert Bresson en 1945, et que l'on devait ses dialogues rien de moins qu'à Jean Cocteau. Avec Maria Casarès dans le rôle principal.
J'appris aussi qu'il s'inspirait d'un livre.
Le film, c'était Les Dames du bois de Boulogne.
Le livre, Jacques le Fataliste, de Diderot.

Et voilà-t'y pas que justement, j'avais mis ce livre de côté, attendant le bon moment, et l'envie, pour le lire. L'envie venue, le moment suivit.
Et point de regrets je n'eus !
Que je vous résume un petit peu tout ça : Jacques, valet de son maître, mais parfois plus maître que valet, aime à causer sans cesse. Cela tombe bien, son maître aime à écouter, et lui réclame avec intérêt le récit de ses amours. Les histoires s'entremêlent, le narrateur/auteur lui-même interrompant son histoire pour en conter d'autres ou justifier ses effets, ou absence d'effet de style, évoquant au passage d'autres auteurs et leurs ouvrages.
Dit comme ça, je ne suis pas sûre que cela donne envie à tout le monde de le lire. Et pourtant, j'ai été complètement conquise : mille histoires, on est très rapidement pris au jeu, on ne peut plus lâcher le roman qui joue allègrement avec le lecteur en les interrompant sans cesse et repousser à plus tard la suite. Malgré sa structure déconcertante, ou plutôt grâce à elle, on n'a qu'une envie : poursuivre sa lecture ! Avec en prime, le voyage de nos deux acolytes, leurs mésaventures et rencontres.
Au fait, de quel genre serait un roman quand on parlerait d'un road-movie pour un film ? J'ai trouvé l'expression de « littérature itinérante »...
Je ne crois pas arriver à donner là toute l'ampleur du plaisir que j'ai eu à lire ce livre. Alors pour être plus claire, ce livre est pour moi un des meilleurs que j'ai jamais lu, s'il fallait absolument utiliser des grands mots, un chef d'œuvre, un livre complet, fond et forme magistraux, et unique (enfin, en même temps, je suis loin d'être une grande connaisseuse en littérature du XVIIIème siècle... voire pas du tout d'ailleurs... Remarquez que, suite à cette expérience, je vais peut-être m'y mettre. Alors si quelqu'un a un conseil à me donner, qu'il n'hésite surtout pas !).
Un livre qui, outre le plaisir que l'on a à le lire, regorge d'idées, de thèmes de réflexion en tout genre (fatalisme, déterminisme, critique du clergé, libre-arbitre, libertinage, etc), si on avait le temps de se poser un moment dans notre lecture pour se pencher dessus. Seulement, il faudrait réserver ça à une deuxième lecture, tellement on a envie de continuer plus en avant.
C'est finalement assez ironique, car on a souvent comme idées reçues que ce genre de littérature n'est pas d'accès facile, alors qu'il l'est totalement, et que seule la littérature contemporaine, et même policière, ne peut nous absorber à ce point.
Dîtes non aux idées reçues (pas le slogan du siècle...) et lisez ce livre ! (et revenez me dire ce que vous en avez pensé !)