Il y a bien quelque chose qui me travaille en fait depuis ce début d'année. Je dis "en fait", parce que je ne cesse de dire que je ne vois pas d'où peut venir la tension ressentie depuis 2 semaines, que je ne vois pas ce qui peut me mettre dans cet état a priori de nervosité engendrant cette hyperactivité cérébrale m'empêchant de trouver le sommeil, que je ne suis pas plus stressée que d'habitude, non, que tout va bien, enfin que ça pourrait aller pire. Je maintiens. Seulement... je reconnais que quelque chose me perturbe un peu... Et je suis sûre que beaucoup me comprendront car partagent ce sentiment désagréable.
On est tous pareils au fond, on a tous plus ou moins besoin, à certains moments de notre vie, en particulier quand on se sent seul, inutile, ou qu'on traverse une mauvaise passe quel qu'elle soit, on a tous besoin d'être écoutés, d'être réconfortés, soutenus par des personnes qui sauront nous entendre, trouver les mots qui nous feront nous sentir mieux, du moins essayer de les trouver et c'est souvent déjà pas mal, des personnes qui sauront se rendre disponibles, et rien que de savoir la disponibilité de ces personnes pour nous est un soulagement. On a tous besoin, ou presque, à un moment de sa vie, d'une bouée, quelqu'un a qui se raccrocher pour ne pas se noyer, quelqu'un qui nous maintient la tête hors de l'eau, quelqu'un qui nous rassure, qui nous empêche de paniquer. Et cette bouée, connaître son existence, savoir que lorsque l'on se tournera de l'autre côté pour se retourner ensuite vers elle, savoir qu'elle sera alors toujours là, avoir en elle cette confiance, cette tranquilité d'âme, nous permet alors de retenter l'aventure, de reprendre confiance, de lâcher nos amarres pour essayer de continuer à nager dans des eaux parfois tumultueuses. Parce que l'on sait qu'en cas de coup dur, en cas de vague à laquelle on ne saurait résister et qui tenterait à nouveau de nous entraîner vers le fond, on sait que quelqu'un sera là pour nous rattraper, qu'il suffira que l'on tende le bras, ou d'un appel, un signal de détresse, pour qu'une main secourable se tende vers soi, et que l'on n'aura qu'à la saisir.
La difficulté la plus grande, au fond, consiste peut-être à trouver cette bouée. Pas quelqu'un qui nous dictera la conduite à adopter, pas quelqu'un qui nous dira quoi faire, quoi dire, comment réagir, pas quelqu'un qui nous montrera les pas à faire et nous dirigera comme un automate. Non, quelqu'un qui soit là, simplement, à tout instant, de jour comme de nuit, toujours prêt à nous écouter ou seulement à prêter son épaule. Quelqu'un qui ne juge pas. Quelqu'un qui nous sourit. Quelqu'un capable de nous faire rire à un moment où on ne pensait que ce serait au-delà de nos forces.
On est tous pareils, non?
Du moins sur ce point-là, je le pense.
Mais sans aller vers des cas extrêmes de grands désarrois, de profondes détresses que l'on peut ressentir à un moment de sa vie, vous aurez sans doute remarqué qu'il y a deux types de personnes : ceux qui attendent la disponibilité des autres, sont en demande de cette disponibilité, la réclament jusqu'à pourquoi pas vous reprocher votre absence involontaire alors qu'ils en avaient besoin, et ceux qui sont là, présents, parce que cela leur semble normal, toujours l'oreille attentive. En gros, il y a ceux qui vous proposent d'aller au cinéma parce qu'ils sont seuls et n'ont pas le moral, puis qui annulent parce que la raison de leur chagrin vient de disparaître, et ceux qui se retrouvent à aller seuls au cinéma avec leur propre boule dans la gorge, parce que l'autre personne n'a pas pensé à son propre mal-être. Je suis sûre que vous vous reconnaîtrez dans l'une ou l'autre catégorie.
Et puis il y a aussi les situations où l'on partage une période de solitude, où l'une des personnes en particulier vit mal une situation de célibat, puis retrouve chaussure à son pied (je sais, la comparaison d'un compagnon ou compagne avec une godasse pourrait paraître maladroite...). Vous connaissez la chanson de Sheller, "Un homme heureux" (pourquoi les gens qui s'aiment...)? C'est un peu ça. Certaines personnes (beaucoup?) oublient d'un coup les autres gens, englués qu'ils sont dans leur amour naissant. Ils oublient brutalement, du moins en donnent l'impression, ceux qui les avaient accompagnés quand ils en avaient besoin, ceux avec qui ils avaient pu partager des moments parfois assez forts, et qui eux restent en arrière, avec la même demande, la même attente, les mêmes besoins. Certains avancent et laissent sur place, parfois aussi soudainement que la foudre est tombée sur eux, ceux qui pensaient cela impossible, par la grâce du temps, ou par je ne sais quel miracle, et ce malgré en avoir fait déjà l'expérience quelques mois auparavant, avec la même personne...
Et suivant ce bel adage "trop bon, trop con", on peut même arriver à trouver tout plein de bonnes excuses justifiant un silence trop long, j'ai bien dit des "bonnes" excuses, car elles sont réelles, et n'ont rien avoir avec la nouvelle idylle. Elles sont réelles, mais au fil des jours qui passent, et dans des moments de lucidité blues intense, on réalise qu'elles ne sont pas suffisantes. Pas suffisantes à expliquer qu'on ne prenne pas de vos nouvelles, qu'on ne s'inquiète plus comme auparavant de vous, de votre moral, de votre santé. Pas suffisantes à justifier ce lourd silence. Et puis même, tiens, pas suffisantes à expliquer qu'on n'ait pas envie de faire partager un peu de son nouveau bonheur, pour montrer que cela est possible, et ainsi donner un peu d'espoir, pour tenter de communiquer sa joie. Parce qu'il est agréable, aussi, de savoir que les gens qu'on aime sont heureux. Parce qu'on n'a pas envie de ne partager avec eux que les mauvais moments. Même si dans ces moments on n'en a pas envie, partager un brin de son bonheur, n'est-ce pas aussi une belle preuve d'amitié?
Et au fur et à mesure que ce silence assourdissant dure, même ce qu'on pardonnait aisément, comme l'oubli de votre anniversaire, même ce que l'on pardonnait parce que cela n'a pas d'intérêt, parce qu'il y a beaucoup plus important, incommensurablement plus important, même cela finit par prendre la forme d'un ressentiment, une rancoeur que l'on ravale, que l'on nie, car elle nous semble tellement puérile et dénuée de sens et de raison. De raison il n'y a plus. Non, on veut revenir en arrière, on veut de nouveau écouter, tendre l'oreille aux lamentations, essuyer les larmes, et retrouver ainsi l'importance qu'on a eu celle qu'on a cru avoir, éphémèrement!
La raison revient ensuite. Il y a des personnes qui aiment à partager leur malheur, mais pas leur bonheur. Qui le gardent pour eux, précieusement, égoïstement peut-être. La raison revient et on se souvient comme on est heureux de les savoir nager en eaux calmes, en eaux si douces, et ainsi ne plus avoir besoin de bouée. Pour l'instant. Et l'on croit savoir qu'alors nous seront toujours là, fidèle au poste.
La raison revient. Le besoin d'eux demeure.
Alors est-on vraiment tous pareils?