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Tout ce qui me fait débloquer.

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La chambre

    Qu'y avait-il au commencement, à l'origine de l'enfermement de cet enfant de 8 ans? Non, pardon, pas de sa détention, mais plutôt à l'origine des conditions de sa détention. Parce qu'on ne peut expliquer cela par des faits, par des événements, par des circonstances indépendantes de la volonté de chacun, mais au contraire peut-être la responsabilité de tous, la responsabilité de tous, pris indépendamment, chacun leur tour, chacun son tour respectant scrupuleusement le règlement, et pris aussi dans leur ensemble, dans la collectivité, dans sa haine irréfléchie et barbare à l'égard d'un individu dont cette communauté a oublié qu'il s'agissait d'un enfant, et seulement un enfant. Parce qu'il faut mettre en accusation, traîter de tous les noms ceux qui sont tombés, et continuer le flot de haîne qui ne cesse de s'écouler. Les vannes sont ouvertes, et quand l'objet de cette détestation disparaît, peut-être fallut-il en trouver un autre, dans la continuité, pour justifier encore son existence.

    Ce livre, c'est la Terreur, la Terreur au travers des terreurs d'un enfant, fils de roi. C'est la France post-révolutionnaire à travers la « petite » histoire d'une chambre, d'une tour, des otages qu'elle emprisonne et de leurs geôliers, de leurs « visiteurs ». C'est l'Homme dans toute son inhumanité, de celle qu'Il justifie, conscieusement, par de nobles objectifs, par de grands mots comme « liberté », « peuple », « Droits de l'Homme »...  (« « Oui, nous osons l'avouer : nous faisons répandre beaucoup de sang, mais c'est par humanité » ») Ce sont des responsables, de grands noms, et des moins connus, mais tout autant responsables, tout autant coupables de tyrannie, parce que directement en relation avec « l'enfant », ou au contraire, et justement, directement sans relation avec lui. C'est la culpabilité aussi des masses, des foules méprisantes, haïssantes, qui encouragent à cette barbarie. Une barbarie sourde. Une barbarie muette. Une barbarie  qui ne dit pas son nom.
    Pas de pitié. On lui refuse toute destinée, et au-delà de ça, on lui refuse toute existence.

    Pour être franche, les 150 premières pages m'ont paru assez répétitives, sans fin, limite ennuyeuses. Et puis on comprend leur nécessité : nous retrouver nous aussi captifs de cette chambre dont on ne peut plus sortir, commencer de ressentir la claustrophobie qu'on suppose l'enfant a ressenti lui-même. On entre dans cette chambre qui prend des allures de cercueil, puisque l'enfant y est comme enterré vivant. On découvre un autre livre, original, la narratrice, l'écrivain lui-même se met en scène, devient l'enquêtrice, qui, pour être au plus près de la vérité des faits, interroge des fantômes, les acteurs même de l'époque, dans des interviews savoureuses et instructives. Des anecdotes, des conversations rapportées comme si elle avait été là au moment des faits, comme si une caméra avait enregistré tout cela et qu'elle était entrée en possession des bandes. On sait que c'est impossible, mais on n'arrive pas à remettre en cause le moindre fait.

    Plus de deux années comme on ne les a jamais vu, jamais lu, comme les cours d'Histoire ne nous ont jamais enseigné. Je sors de ce livre avec la sensation d'en connaître beaucoup plus sur cette époque, alors qu'aucun des grands faits de la chronologie généralement rapportée et enseignée n'est relaté ici.
Un grand livre.

« Salut et fraternité »



« C'est simplement le spectacle d'un pays qui bafoue en catimini toutes les valeurs dont il se réclame. On comprend pourquoi Michelet et tous nos autres grands historiens ont préféré sauter cette page de la Révolution. »
Gilles Martin-Chauffier - Paris Match (3 octobre 2002)

« Je voulais parler du mal – le mal ordinaire, celui que commettent distraitement, presque innocemment, des hommes « comme tout le monde » ».
Françoise Chandernagor
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