Comment? Je ne vous ai jamais encore parlé de mon boulanger? Non, c'est pas possible! Vite, il faut remédier à cela.
Par où commencer... D'abord préciser que dans mon village, le seul commerce, si on exclut l'auberge, est la boulangerie. L'avantage, c'est que vous n'êtes pas trop tentés par des achats inutiles que vous regretterez plus tard. Il faut savoir voir le bon côté des choses.
Mon boulanger travaille avec sa maman, une femme plutôt sympathique. Mon boulanger a l'air très jeune. Je lui aurais donné 25 ou 26 ans, jusqu'à ce que j'apprenne qu'il venait d'avoir 30 ans. Donc, je maintiens : il est jeune.
Mon boulanger, j'ai commencé à me poser des questions, le jour où il est venu chez moi m'offrir une truite. Si si, vous avez bien lu : une truite, qu'il venait de pêcher (et donc une truite non vidée... hum hum). Oui, ça n'arrive pas tous les jours, surtout pour celles qui habitent en ville. Le cadeau est particulier, mais le geste, il faut le reconnaître, plutôt sympathique. Seulement voilà, il m'a fait dire mon premier « tiens tiens... » à son égard.
Mon boulanger, c'est mon meilleur client dans le village, voire l'un des seuls (non, ce n'est pas encore là que je dirais en quoi consiste mon boulot). Je crois que toute sa famille, ainsi que ses amis, ont quelque chose qui vient de chez moi. Il adooore ce que je fais, et sa mère me le redit assez souvent. Bref, j'ai un fan absolu de mon travail. Certes, ça fait plaisir, je ne vais pas dire le contraire. Mais, comment dire, j'ai comme qui dirait parfois un peu de mal à le faire partir de chez moi quand il vient me commander quelque chose... Gars plutôt timide, il est là, et moi je réfléchis pendant ce temps, tout en essayant de trouver un sujet de conversation, au moyen le plus courtois de le faire franchir la porte en sens inverse.
Et un jour, j'ai craqué, je l'avoue. Ce soir-là, ce n'était pas le jour, vraiment pas. J'avais le moral au plus bas et absolument pas envie de parler, en tout cas surement pas à lui. Lui passait juste me montrer la première photo de sa nièce... Gentil garçon, vous dis-je, mais moi, pas du tout le coeur (puisque c'est bien de celui-là qu'il s'agissait) à cela. En deux minutes, j'avais regardé la photo, complimenté l'heureux tonton, et avais refermé la porte sur lui. Je n'étais pas très fière, mais ce soir-là, je n'en avais rien à cirer.
Mon boulanger, il m'offre également des pizzas. Un après-midi, coup de téléphone : « c'est le boulanger. Je fais des pizzas aujourd'hui. Je vous en fais une, vous la voulez à quoi? » Allez dire non, vous, à votre meilleur client, au risque de le perdre! Bref, une pizza, qui plus est, livrée à domicile! Que faire, à part lui proposer d'en manger un bout avec vous? Un ami dans le coin n'est pas une si mauvaise idée, et après tout, lui-même ne cherche-t-il peut-être qu'à sympathiser? (Quoi? Je suis naïve? Nooon!)
Mais tout de même, quand il me reproposa une autre fois une pizza, je refusais sous je ne sais quel prétexte. Sait-on jamais...
Et vendredi, voilà t'y pas qu'alors que je lui livrais (ça évite qu'il ne passe encore chez moi...) une énième commande pour je ne sais pas trop qui, voilà t'y pas, donc, qu'il me fait tout bonnement cadeau de ma baguette de pain... Protestations multiples de ma part « mais non, y a pas de raison! Mais si j'insiste », mais je ne veux quand même pas le vexer. Certains diront « ce n'est quand même qu'une baguette », mais moi j'en ressens une certaine gêne, bêtement peut-être...
Le questionnement du jour : Y a-t'il anguille sous roche? la gatta ci cova ? Es steckt etwas dahinter ?
Ou est-ce que c'est moi qui ai l'esprit mal tourné?
Mince, une truite, quand même!