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Tout ce qui me fait débloquer.

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Elle raconte

  En attendant d'avoir trié mes photos (vous vous en tapez, hein? Et bien tant pis pour vous, vous n'y couperez pas, à ma balade de dimanche!), voici la chose suivante, ce petit truc que j'avais écrit pour en revenir toujours à qui vous savez (=moi), et que je ne me décidais pas à mettre en ligne. C'est trrrès long, d'où mon hésitation.

    Il était une fois une petite fille plutôt sage et qui voulait bien faire. Mais elle avait beau s'appliquer, écouter avec attention ses instituteurs, elle n'arrivait pas à apprendre à écrire. Les lettres se mélangeaient dans sa tête, se confondaient les unes les autres, et ce qu'elle entendait semblait toujours si différent de la façon dont cela devait se retranscrire sur le papier, que savoir écrire lui apparaissait plus haut qu'une montagne. Était-elle bête? Elle n'en savait rien, et peut-être qu'elle ne se posait pas la question à cette époque. Elle donnait ce qu'elle pouvait, mais cela restait insuffisant. Et puis un jour, à la fin d'une année scolaire, on l'envoya voir une orthophoniste qui mit un mot sur ses difficultés : dyslexie. Elle était dyslexique, et ce n'était pas une insulte. Elle était dyslexique, et tout devenait clair, limpide, quelqu'un comprenait enfin ce qui se passait dans sa tête, pourquoi ce qui semblait évident à d'autres, ne l'était pas pour elle. Cette femme, en mettant un mot sur les incohérences de son cerveau, en avait du même coup repousser un autre: elle n'était pas bête. Cela serait long, mais elle était attentionnée et motivée : elle apprendrait. Elle aimait tellement ça, apprendre. Elle écoutait avec intérêt ses professeurs, une vraie petite-fille sage qui ne faisait jamais de remous, restait dans son coin. Mais au-delà de cet apparent manque de personnalité, de cet effacement, ce qui provoquait cette attitude, c'était son besoin d'apprendre, sans cesse, inlassablement, d'apprendre tout ce qui lui serait permis  d'apprendre, dans tous les domaines. Elle avait cette soif en elle, ou plutôt cette faim qui lui semblait ne jamais pouvoir combler. Cette faim englobait tellement tout, qu'elle ne pouvait se fixer longtemps sur une matière. Elle avait faim de tout, de mathématique, d'histoire, de géographie,... et ne pouvait se résigner à privilégier l'un quelconque de ces domaines. D'un autre côté, ça ne lui semblait pas vraiment difficile, elle le faisait naturellement, sans se poser de question. Elle prenait tout ça comme un jeu, comme ces listes d'exercices de maths que la maîtresse donnait en CM2, et que personne ne l'obligeait à effectuer en entier mais qu'elle prenait réellement plaisir à faire, se levant plus tôt le matin ou s'évertuant à les faire le plus rapidement possible en classe pour être la première à résoudre le problème. Apprendre ou être la première?
Elle apprenait certes, mais elle ne savait toujours pas écrire. Seulement, quand on connait ses difficultés, quand on a conscience de leur existence et qu'on sait leurs mécanismes, elles n'en sont plus vraiment. Elle sentait qu'elle serait capable de les maîtriser, qu'il existait des moyens de les contrôler et qu'elle en aurait bientôt le pouvoir. Elle en avait la conviction intime et donnait son maximum. Jusqu'au jour où, enfin, elle rentra de chez elle en courant pour annoncer à sa mère une grande nouvelle. Elle respirait fort, elle était heureuse, elle était surtout fière d'elle, et on n'a pas si souvent l'occasion d'être fier de soi : elle venait d'avoir 1/20 en dictée! Ne vous moquez pas! ne riez pas! Sa première note positive en dictée! Sa première note au-dessus de 0! Il y avait de quoi être fière. Elle se souviendrait de ce jour-là toute sa vie.
A partir de ce moment-là, elle serait définitivement une bonne élève. Elle se mit à rêver, à s'imaginer avocate, défendant la veuve et l'orphelin, plaidant la cause des infortunés, des petites gens. Elle se voyait derrière un bureau, préparant ses dossiers, ou défendant ses clients devant une Cour. Il faudrait travailler beaucoup pour en arriver là, mais cela tombait plutôt bien : elle n'avait que ça à faire, travailler. Elle n'avait pas de doute : elle ferait du Droit. Ainsi se passèrent ses années collège et lycée, entre ses devoirs et la télévision. Mais ça marchait, alors pourquoi lui en aurait-on fait le reproche? Elle ne déviait pas de la route qu'elle s'était elle-même tracée : le bac en poche, elle entra à la Fac. C'était aussi l'occasion de quitter le giron de papa maman, de peut-être prendre son envol. Peut-être, ou peut-être pas. La chambre au CROUS, la Bourse qui devait tout payer, les amphithéâtres surpeuplés, les travaux dirigés, devoir se gérer seule, préparer les partiels en regardant Roland-Garros... Finalement, ce n'était pas si compliqué. Mais rapidement elle comprit qu'elle ne serait pas avocate, qu'il lui fallait envisager autre chose, que cela n'était pas fait pour elle. Elle ne s'en sentait déjà plus capable. Elle avait bien une idée un peu farfelue, mais il lui fallait faire des choix : elle en fit un dont elle se sentit très fière, elle changea d'Université et partit à 500 km de là, dans une région où elle ne connaissait personne. Et puis cela lui donnait l'occasion d'un nouveau départ peut-être... De nouveau départ il n'y eut point. Ce fut juste la continuation de sa vie d'avant, avec le soleil en plus. Elle obtint sa Maîtrise (elle avait au moins la Maîtrise de quelque chose) sans avoir à trop se poser de questions. Cela allait juste de soi. Seulement voilà, les voies qui s'offraient à elle ne la tentaient plus guère. Préparer un métier qui ne lui plaisait pas était beaucoup trop lui demander. Apprendre oui, mais surtout aimer ce qu'elle apprenait. Elle n'avait plus d'envie. Elle ne se voyait plus du tout derrière un bureau et ne s'était jamais imaginée aux ordres de quelqu'un. Seulement il fallait dans l'instant gagner de l'argent pour commencer à s'assumer enfin. Elle n'avait plus le choix et elle avait une possibilité qui lui tendait les bras, temporairement pensait-elle, le temps de retrouver l'envie, le temps de savoir ce qu'elle voulait vraiment faire, le temps peut-être de trouver qui elle était avant de se donner la chance d'avoir, le temps de dissiper le brouillard qui l'entourait. Soit, un boulot qui lui permettait d'être son propre patron, de manger à sa faim, de voyager un peu n'était pas pour lui déplaire et ferait l'affaire quelques temps. Une activité « artistique » (c'est du moins ce qui est marqué sur ses papiers) qu'elle apprendrait sur le tare. Un travail manuel, pour lequel elle n'avait pas trop besoin de réfléchir, elle ne l'avait jamais envisagé, mais elle n'y était pas réfractaire tant que cela lui donnait l'opportunité de réfléchir encore à ce qu'elle voulait vraiment faire de sa vie.
Elle ne se doutait pas que sept ans plus tard, elle se le demanderait encore.
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M
Bravo l'artiste! Tu donnes un bel exemple et l'envie à ceux (ou celles, comme moi) qui n'ont pas forcément la volonté d'aller de l'avant. Pas de bisous cette fois, je t'en réserve pour le 21.<br /> ...<br /> Roh, allez...<br /> Bisous!
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E
<br /> Ah quand même! Tu m'as fait peur.<br /> Mais je n'ai pas du tout l'impression de donner le bon exemple, moi!<br /> Bisous!<br /> <br /> <br />
K
ça ça s'appelle etre traquée !!!<br /> Grrr le 21 juin !!!!<br /> Pourrai pas venir moi :-( <br /> Mais bon je désespère pas de pouvoir annuler !!!<br /> On verra bien ;-)
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E
<br /> Oui, hein, t'es témoin!<br /> Ah, ben si tu viens, peut-être qu'on s'y verra (si je viens)!<br /> <br /> <br />
Z
Y a-t-il un jour où on a une "vraie réponse", où on sait que ce qu'on fait, c'est vraiment ce qu'on doit faire, ce pour quoi on est là? C'est normal de se remettre en question, d'hésiter, de flotter... ou alors, on est à deux à être comme ça. On se serrera la main le 21 juin. Si, si!!!
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E
<br /> Je crois, oui, que c'est possible, mais rare, de faire ce pour quoi on sait être fait. Parce qu'on est passionné. Parce qu'on se lève le matin avec entrain, enthousiasme à l'idée de ce qu'on a à<br /> faire. Je rêve de cela.<br /> 21 juin? Attends, je regarde mon agenda...<br /> <br /> <br />
D
Les photos du dimanche ...auraient fait plaisir...<br /> mais ça...cette volonté...d'avancer...de ne pas baisser les bras...pas besoin d'image..c'est beau tout simplement...
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E
<br /> Bin merci. Je ne l'avais pas vu comme ça... j'ai plutôt l'impression de n'avoir jamais eu aucune volonté, d'avoir suivi le fil de l'eau comme une évidence et, au moment de faire des choix, au<br /> moment où il fallait faire preuve de volonté, d'avoir baissé les bras.<br /> <br /> <br />
K
Beaucoup d'émotion en lisant ton texte !!<br /> ça n'a pas dû être facile tous les jours.....<br /> Bisous Mamzelle l'Artiste ;-)
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E
<br /> Oh il y a quand même vie plus difficile et plus à plaindre.<br /> Bisous M'zelle Kaouet!<br /> <br /> <br />