Il y a des livres qui donnent envie d'écrire, il y a des livres qui, malgré leur qualité littéraire, ne nous écrasent pas du poids de leur savoir. Il y a des livres, on ne saurait trop expliquer pourquoi, donne envie de saisir sa plume, soyons plus moderne: son clavier, pour déposer quelques mots sur une page blanche, bien qu'on se sente totalement incapable d'être au même niveau. Il y a des livres qui ont une musique, et quand on les referme, cette musique continue de jouer et nous donne envie de jouer avec elle. Un peu comme des vers, un accent ou une façon désuète de s'exprimer qu'on entendrait pendant un certain temps, et qui à la fin continueraient de résonner en nous et sembleraient dicter notre façon de s'exprimer. Ça vous est sans doute déjà arrivé de faire cette expérience: vous regardez un film dont l'action se déroule à une autre époque, ou dans une région avec un fort accent, et une fois le film finit, il vous semble que c'est la manière dont on devrait parler, vous êtes même tentés en ouvrant la bouche d'adopter ce langage. Moi cela m'arrive quasi systématiquement. Je me souviens avoir vu il y a quelques années un court-métrage, dans lequel le personnage principal ne pouvait s'empêcher de parler en alexandrins, et après la diffusion mes pensées essayaient de s'enchaîner sous forme de vers. C'est finalement assez marrant à vivre.
Il y a des livres, comme « Le Carnet d'or » et « L'herbe rouge », qui ont des musiques, très différentes l'une de l'autre mais qui restent toutes deux en tête. Dans le premier, l'écriture y a tellement d'importance, je ne veux pas parler de la forme mais dans le fond, que cela ne peut qu'inviter les lecteurs à écrire eux-aussi. La musique est alors intime, douce ou violente, mais en tout cas tournée vers l'intérieur, vers soi. Dans le second, et les autres livres du même type, la musique est totalement différente. Elle est pleine de couleurs vives, elle invite à l'absurde, à l'abstraction, à la fantaisie, à l'onirisme. Elle nous éloigne de la réalité vers un monde inventé. Elle donne envie d'inventer nous-aussi son propre monde absurde.
Après lecture complète de L'herbe rouge, ma première réaction a été la déception. Pas celle du bouquin dans son ensemble, mais la déception vis-à-vis des personnages, pas dans ce qu'ils sont, mais dans leurs comportements à la fin. Comme des personnes que l'on connaîtrait réellement, ou qu'on croirait connaître, et qui finiraient par nous décevoir par des actes dont on ne les savait pas capable. Bref, je me suis attachée à eux, personnages féminins et masculins, j'attendais autre chose de leur part.
Finalement, ce livre assez coloré est dans le fond assez noir, sombre, alors que Le Carnet d'or, que je ne pouvais m'empêcher d'imaginer en noir et blanc, est très lumineux. Les deux en tout cas se rejoignent sur un point: ils nous font réfléchir sur qui nous sommes, revenir sur qui nous avons été et sur ce que nous voulons être.
J'aime bien cette phrase extraite du commentaire à la fin du livre de Vian : « Toute l'oeuvre de Vian est poignante, certes, mais conseille de rire, surtout, et très vite! » Ironie du désespoir? Entre rire et larmes?
« La littérature ne s'apprend pas. On rencontre simplement, en ce domaine, des gens ou des livres qui, brusquement, vous disent, vous montrent ce que vous avez besoin d'entendre ou de voir. »
Doris Lessing
« L’histoire est entièrement vraie puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre. »
Boris Vian