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Tout ce qui me fait débloquer.

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On n'est pas là pour se faire engueuler

free music


Ah ça non, on n'est pas là pour ça.
Petit avant propos: ce qui suit est juste un petit plaisir personnel, et comme il n'y a pas de mal à se faire du bien... Comme ça, vous êtes prévenus...

   Je viens de commencer de lire L'herbe rouge de Boris Vian, et j'ai envie de profiter de l'occasion pour vous parler de mon livre de chevet, celui qui n'est jamais très loin de moi et que j'aime à rouvrir de temps en temps pour relire quelques morceaux choisis. Comme souvent avec les livres, je me revois encore le lire pour la première fois, je revois la chambre, je revois la fenêtre qui donnait sur l'un des plus beaux panoramas de Lyon, je revois la nuit et les milles lumières de la ville, et Fourvière qui, même pour une athée convaincue, semblait protéger depuis sa position supérieure et par son aura la capitale des Gaules (on s'abstiendra de toute blague grivoise...). Et moi-aussi j'avais alors l'impression de dominer toute cette activité des hommes, du haut de mon immeuble d'une de ces banlieues trop souvent citées dans les faits divers. Peut-être même qu'à cet instant-là, je me sentais forte.
   Mais revenons au sujet. Ce livre dont l'occasion m'est donnée de parler(enfin, c'est surtout moi qui me suis donnée l'occasion: on n'est jamais mieux servie...) est un recueil de textes et chansons de Boris Vian. A l'époque, je ne connaissais l'auteur que de nom, ne savais rien de lui, et n'avais même pas lu L'écume des jours (que je n'ai toujours pas lu...). Bref j'étais vierge de toute idée préconçue, de tout a priori sur l'auteur comme sur l'homme. Je me suis plongée dedans d'abord naïvement, puis avec délectation.
    Il y a beaucoup trop à en dire, et je n'ai pas les capacités pour faire une thèse là-dessus. Je veux juste vous faire partager certains textes, dont le seule critère de choix est ... ben je sais pas en fait.
D'abord et avant tout celui qui m'a le plus bouleversée, et peut-être même le plus influencée : « Le déserteur », chanson particulièrement mal reçue à l'époque, qui fit l'objet de manifestations hostiles, et fut même purement et simplement interdite de diffusion sur les ondes de la radio nationale. Chantée par Mouloudji mais après quelques modifications de sa part, Vian ne parviendra à la chanter à son tour qu'après en avoir modifié la fin.
Je vous remets le texte de la chanson, car on y prête encore plus attention en le lisant (à éviter pour certaines chansons sous peine de graves lésions cérébrales, voire d'atrophie du cerveau):

« Monsieur le Président,
Je vous fais une lettre,
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps,
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir.
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens.
C'est pas pour vous fâcher
Il faut, que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter.

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants,
Ma mère a tant souffert
Qu'elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers.
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins.

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne et Provence
Et je dirai aux gens,
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas a la guerre
Refusez de partir.
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président.
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurais pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer. »

Et maintenant les 4 dernières lignes originales:
« ... Si vous me condamnez
Prévenez vos gendarmes
Que j'emporte des armes
Et que je sais tirer. »

    Sur le coup, après lecture de ces quelques lignes, pour quiconque déteste les armes, on est tenté de se dire: « ah oui quand même! ». Enfin ce fut mon cas. Et puis j'ai réfléchi (si si), et je me suis dit que mon raisonnement était idiot et que le personnage n'est pas suicidaire: au contraire, il veut vivre, il veut se défendre pour continuer à vivre, que ce n'est pas une fuite mais une façon à l'inverse de faire face. Mais là ce n'est que mon humble interprêtation.
Vian a toujours prétendu que Le déserteur n'était pas antimilitariste, mais bien " pro-civil ".
N'empêche qu'il me semble que la détestation de la guerre et de nos gouvernants est un thème récurrent dans son oeuvre (voir par exemple La java des Bombes Atomiques ou encore Le petit commerce). Il aurait pu se contenter de critiquer les dirigeants, ceux qui donnent les ordres, leur mettre tout sur le dos. Mais cela aurait été trop facile, trop simple de dédouaner de toute responsabilité ceux qui obéissent, ceux qui semblent subir plus qu'ils ne font de choix. Au contraire, il met face à leurs responsabilités ceux qu'il qualifie de lampistes, dans un texte: « Le lampiste est le vrai coupable ».
« ... Mais un lampiste est une force agissante.
Cent lampistes sont un danger pour l'individu.
Cent mille lampistes suffisent à une guerre.
Cent millions de lampistes font le malheur de l'humanité.
... Hitler est mort, les lampistes restent et tâchent de se faire passer pour inoffensifs – comme tous les lampistes du monde.
... Tous amiraux dans la marine, finies les batailles navales. »


    Je ne peux pas évoquer Boris Vian sans parler d'un de ses livres que j'ai a-do-ré (là, je me revois dans une petite chambre sous les toits à la campagne...), un livre surréaliste, fantaisiste, absurde: L'arrache-coeur. Un psychiatre arrive dans un village où les vieux sont mis aux enchères, où les enfants peuvent voler, ou la notion même de temps diffèrent de la notre...
Pfff, encore un bouquin à relire...

    Je ne peux pas finir sans parler du Vian poète, comme dans ce texte que j'aime beaucoup:

    Sermonette
« Si je croyais en Dieu
Je serais heureux
De rêver au jour où je verrais le ciel
Un ange en robe blanche
Par un clair dimanche
Descendant vers moi dans un chariot doré
Dans un bruit d'ailes et de soie
Loin de toute la terre
Très haut, je verrais se lever devant moi
L'aube d'un jour sans fin
La brûlante lumière
Le bonheur éternel
Si je croyais en Dieu

Mais j'ai vu trop de haine
Tant et tant de peine
Et je sais, mon frère, qu'il te faudra marcher seul
En essayant toujours
De sauver l'amour
Qui te lie aux hommes de la Terre oubliée
Car tout au bout du chemin
Une faux à la main
La mort, en riant, nous attend pas pressée
Aussi mon ange à moi
Je le cherche en ce monde
Pour gagner enfin ma part de joie
Dans ses bras »


    Il y aurait beaucoup plus à dire, déjà parce qu'il y a plusieurs Boris Vian.  Je vous ai montré celui que je préfère. Mais je crains qu'il n'y ait déjà plus personne qui soit arrivé jusqu'ici de mon petit laïus.
Je me demande même si je vais le mettre en ligne...
Bref, si je le fais, et si ça intéresse quelqu'un, qu'il soit content, mécontent, pas d'accord, qu'il ait des remarques à faire ou des conseils de lecture, qu'il n'hésite pas à se faire connaître...

Note de moi pour ceux que cela intéresserait (on ne sait jamais): j'ai trouvé beaucoup d'infos sur le site suivant:
www.borisvian.fr

« C'est drôle comme les gens qui se croient instruits éprouvent le besoin de faire chier le monde. »
Boris Vian
Extrait de Les fourmis

« Le ridicule ne tue plus, nulle part, mais aux U.S.A. il enrichit drôlement. »
Boris Vian

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V
Ah! Que j'aurais aimé passer une soirée dans une cave voûtée de Saint-Germain des prés, à écouter l'ami Boris jouer de la trompette. Un autre de ses talents! <br /> inouï tout ce qu'il a eu le temps de faire avant de partir, très vite, trop vite.
Répondre
E
<br /> Ah oui, ça m'aurait beaucoup plus aussi, sans aucun doute... peut-être même plus que de l'entendre chanter (j'apprécie surtout ses textes). 50 ans l'année prochaine qu'il sera mort: cela fera-t-il<br /> autant de patacaisse que les 30 ans de Cloclo? J'en doute...<br /> <br /> <br />
L
Bon, ben que dire?<br /> Que c'est rare de trouver des vrais amateurs de Boris Vian.<br /> Que t'es bonne.<br /> Et qu'on se ferait bien une rétrospective "Vian chanté par Magali Noël" sur http://boris-vian.net/fr/magali.html.
Répondre
E
<br /> Ah oui: je viens justement de mettre sur mon balladeur ces chansons!<br /> Je me suis déjà fait samedi tous les titres de Vian sur Deezer... Ouf, quelle semaine!<br /> Merci pour l'info.<br /> <br /> <br />
M
Ah j'aime bien la deuxième citation! Et j'aime bien ce que je connais de Vian en général. J'ai lu "Et on tuera tous les affreux", commencé "L'arrache coeur" qui m'a bien plu aussi. Et puis "Le déserteur" est magnifique, je connaissais pas, merci ^^.
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E
<br /> Je suis vraiment contente de t'avoir fait découvrir Le déserteur. Rien que pour ça ça valait le coup!<br /> Pour les citations, j'en ai trouvé plein de Vian qui m'ont beaucoup plu, mais je trouvais celle-ci plus de circonstance.<br /> <br /> <br />
N
ah!! j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce post!!!, je suis certain qu'il prefererai que ces textes ne soient plus d'actualité, malheureusement...<br /> l'extrait de LES FOURMIS, m'a bien fait rire!!!<br /> et pour info , il y a une trés belle reprise de "ah, si j'avais un franc cinquante..." sur un album pour les petits "mon petit doigt m'a dit" d'enfance et musique(pub) je la chante avec mon fils de deux ans, encore une autre facette de son talent
Répondre
E
<br /> Merci merci, Niko: tu ne peux pas savoir comme ça me fait plaisir!<br /> Merci aussi pour l'info: j'aimerais bien entendre ça...<br /> <br /> <br />